CONTREPLAQUE ET CONSTRUCTION AMATEUR
De tous les matériaux utilisés couramment en construction
navale, le bois dans ses applications modernes (bois moulé, contre-plaqué technique)
est le matériau le plus performant en matière de rigidité et de solidité, compte
tenu de son poids. Le contre-plaqué marin utilisé en bordé mince sur structure
en acajou ployé permet donc la réalisation d'unités à la fois performantes car
légères et particulièrement solides.
Cependant sa mise en œuvre et son exceptionnelle longévité le rendent mal adapté
à la construction industrialisée : pour une grande série, il faut pouvoir fabriquer
vite un produit à la durée de vie limitée. En conséquence, on a assisté au cours
des vingt dernières années, à la disparition ou à la reconversion de bon nombre
de petits chantiers de construction en bois, et par là même, à la quasi-disparition
d'une main d'œuvre compétente et qualifiée.
Pour le navigateur éclairé et un tant soi peu original,
pour qui un bateau est autre chose qu'un produit manufacturé et renouvelé fréquemment,
il reste encore la solution de la construction amateur, totale ou partielle,
solution pour laquelle le contre-plaqué est particulièrement bien adapté. Facile
à mettre en œuvre grâce aux plans très détaillés que je commercialise et qui
font l'objet de nombreuses recherches de simplifications, agréable à travailler,
ce matériau permet à n'importe qui de réaliser le bateau de ses rêves, pour
peu qu'il aime travailler de ses mains, qu'il soit soigneux et un tant soi peu
persévérant.
La mise en œuvre n'utilise que des techniques éprouvées
bien qu'épurées et simplifiées, offrant toutes garanties de solidité et de longévité.
Il n'est en effets pas question d'expérimenter sur le dos de ma clientèle des
techniques apparemment novatrices qui, sans le recul et l'expérience, risquent,
comme cela s'est déjà vu, de se révéler inadaptées sinon dangereuses, ou qui
font l'apologie de l'incompétence et du travail bâclé. Aussi toutes les solutions
préconisées sur les plans sont la synthèse d'un savoir-faire communiqué par
de véritables charpentiers de navires et d'expériences professionnelles accumulées
depuis plus de vingt ans sur mes propres bateaux, dont plus de quinze en tant
que professionnel spécialisé dans le contre-plaqué, ayant le contact au quotidien
avec le constructeur néophyte. Le hors série n°27 "La construction moderne et
classique du bateau en contre-plaqué" que j'ai réalisé pour la revue Loisirs
Nautiques constitue un véritable recueil pédagogique de ce savoir-faire, et
représente une aide précieuse pour la construction d'une unité en contre-plaqué.
Le prix de revient d'une construction amateur est
de l'ordre de 30 à 50 % d'une unité de taille équivalente de grande série. La
formule est d'autant plus intéressante qu'étalée dans le temps, la construction
amateur permet de répartir les dépenses sur toute la durée. Enfin, un certain
nombre de fournisseurs d'équipements (espars, voilure, accastillage, etc.) réservent
le meilleur accueil à ma clientèle, en lui faisant des remises substantielles,
d'autant plus intéressantes qu'ils font partie d'associations d'amateurs.
Et l'entretien, me direz-vous ? Pour beaucoup, un bateau en contre-plaqué réclame
un entretien considérable, idée répandue à travers nos médias par les constructeurs
de bateaux en plastique, à l'époque où le contre-plaqué était encore le matériau
roi de la construction en série. Heureusement, les problèmes d'osmose qui sont
apparus sur la majorité des unités en polyester ont remis les pendules à l'heure.
Contrairement à un bateau en bois classique dont les
virures (lattes) de bordés gonflent à l'humidité pour assurer l'étanchéité de
la coque, le contre-plaqué est un matériau sec, permettant la réalisation d'unités
parfaitement étanches et dont l'entretien est analogue à celui d'une unité en
plastique. Les produits utilisés en protection de surface : résines époxydes,
et peintures polyuréthannes bi-composants, sont les plus performants en matière
d'étanchéité, et de la même façon que sur une unité en polyester, les constructeurs
vont garantir cinq ans le gel-coat rendant étanche le stratifié, on peut tabler
sur la même durée pour les peintures polyuréthannes.
Si la protection d'une unité en contre-plaqué peut
être assurée pendant dix ans par une peinture polyuréthanne bi-composant, il
est recommandé, pour éviter d'avoir à décaper totalement la coque, de renouveler
la couche de surface, dégradée sous l'action des U.V., tous les cinq ans. Pour
cela, il suffit de dépolir légèrement la peinture extérieure, de la dépoussiérer
et de la dégraisser à l'acétone, avant d'appliquer une nouvelle couche de laque
à la brosse, au rouleau ou au pistolet, et ce sera reparti pour cinq ans, avec
un bateau neuf comme au premier jour car, contrairement aux métaux (alu, acier),
le bois est un matériau insensible à la fatigue.
Les nombreuses qualités du contre-plaqué, sa légèreté,
sa solidité, sa facilité d'entretien et de réparation n'importe où dans le monde,
le rendent aussi bien adapté à la réalisation de croiseurs côtiers légers que
de bateaux de grand voyage. C'est pourquoi ma gamme de plans homologués pour
la construction amateur se compose de dix huit unités originales, comprenant
aussi bien des vedettes à moteurs, des croiseurs côtiers transportables, des
croiseurs familiaux, que des voiliers hauturiers, sans omettre pour certains
un peu d'exotisme ou de romantisme. Toutes ces unités étonnent par leurs performances,
leur comportement marin, leur fonctionnalisme, mais aussi par leur esthétique
raffinée.
Enfin, notez que l'association "A Bouchains Vifs"
qui rassemble un grand nombre de passionnés, propriétaires ou constructeurs
de bateaux Villenave, vous permettra de profiter de l'expérience et du savoir-faire
de bien d'autres amoureux des bateaux en bois à travers son bulletin de liaison
et les manifestations qu'elle organise.
Si vous optez pour l'un de ces modèles, j'ai la certitude que vous aurez autant
de satisfaction à le construire et à l'utiliser que j'en ai eu à l'imaginer.
Enfin, si vous ne trouviez pas parmi eux le bateau de vos rêves, sachez qu'il
m'est possible de vous réaliser toute étude à l'unité en contre-plaqué ou en
bois moulé.
Jean -Pierre Villenave